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Etonnant!

dimanche 22 septembre 2013, 12:19
Une appli pour créer une base de données mondiale de nos rêves
Shadow est une nouvelle Appli qui veut fédérer "la communauté des rêveurs" et aider ces derniers à "se souvenir de leurs rêves et à les enregistrer". L'idée sous-jacente est, comme l'écrit The Atlantic, de construire une base de données des rêves.
Concrètement, il s'agit d'un simple réveil, avec des sons qui doivent vous réveiller graduellement et en douceur pendant une période de 5 à 30 minutes, de manière à préserver l'état dans lequel vous avez le plus de probabilité de vous souvenir de votre rêve. Ce qui est l'inverse d'un réveil classique puisque, comme l'écrit Hunter Lee Soik, le fondateur du projet sur la page Kickstarter de la future appli, "nous oublions 95% de nos rêves dans les cinq minutes qui suivent notre réveil".
Et en bon data-obsessionnel, il précise dans The Atlantic que c'est l'équivalent d'"un jeu de données que nous oublions chaque nuit". Le quotidien détaille le fonctionnement de l'appli:
"Dès que l'utilisateur arrête l'alarme, un micro entre en action et l'utilisateur peut raconter son rêve, que l'appli transformera alors en texte. L'appli en extraira ensuite des mots-clés, et enverra le contenu du rêve sur le cloud."
Une fois le rêve archivé, l'utilisateur décidera jusqu'où il accepte de partager ce contenu, de son cercle d'amis restreint à la communauté plus vaste des utilisateurs dans le monde. Plutôt que le "quantified self", mode consistant à tout quantifier et mesurer de sa vie quotidienne à l'aide de capteurs, Shadow développe un discours marketing plus proche des racines du New age en parlant de "understood self" ou compréhension de soi: plus on enregistre ses rêves, plus l'appli nous aidera à les comprendre, nous promet-on.
Le tout agrémenté, en conclusion de la présentation de l'appli, d'une citation de John Lennon:
"Un rêve que vous faites seul est juste un rêve. Un rêve partagé, c'est la réalité."
Shadow affirme également avoir rassemblé "un groupe génial de thésards et de chercheurs spécialisés dans le rêve, pour (les) conseiller et aider Shadow à prendre forme". Ces chercheurs pourraient, grâce à une base de données aussi riche, savoir "à quoi rêve le monde", poursuit Hunter Lee Soik.
La future start-up, qui a déjà récolté un peu plus de 13.000 dollars (9.738 euros) sur Kickstarter, en espère 50.000 (37.454 euros) pour se lancer dans la science des rêves.

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Mort imminente: des chercheurs l'expliquent scientifiquement

mercredi 14 août 2013, 12:05
Une étude publiée par des chercheurs américains met en évidence une hyperactivité du cerveau pour expliquer les sensations et visions ressenties pendant une expérience de mort imminente
Déplacement le long d'un tunnel, vision d'une lumière intense, rencontre avec des personnes décédées... nombreux sont les témoignages sur ce qui s'appelle l'expérience de mort imminente (EMI). Ce phénomène est vécu par des personnes ayant survécu à un arrêt cardiaque : pendant cette brève période d'inconscience le cerveau ne meurt pas, malgré un apport sanguin insuffisant. Il s'agit d'un état différent de la mort cérébrale qui est, elle, irréversible.
Du côté des médecins, cette expérience sollicite depuis longtemps de nombreuses questions, sans pour autant trouver de réponse exacte. Des chercheurs de l'Université du Michigan pourraient enfin avoir trouvé une explication scientifique. Leur étude, parue dans la revue PNAS, explique que ces sensations correspondent à un regain d'activité cérébrale quand la circulation sanguine cesse dans le cerveau. En clair, l'activité neuronale serait trop sollicitée, ce qui provoquerait des visions.
L'activité cérébrale s'intensifie 
Pour en arriver à cette conclusion, les chercheurs ont examiné le cerveau de plusieurs rats. " Cette recherche est la première à analyser les effets neurophysiologiques d'un cerveau mourant", précise Jimo Borjigin, professeur de neurologie à l'Université du Michigan (nord), principal auteur de ces travaux. "Nous sommes partis de l'idée que si cette expérience résulte d'une activité cérébrale, elle devrait pouvoir être détectée chez les hommes comme chez les animaux, même après l'arrêt de la circulation du sang dans le cerveau".
Les chercheurs ont ainsi analysé les activités électriques du cerveau de neuf rats anesthésiés, chez qui ils ont induit un arrêt cardiaque. Dans les 30 secondes, tous les rats ont connu une augmentation de leur activité cérébrale, qui correspondait à un état d'éveil élevé. En outre, ces neurologues ont constaté le même phénomène chez des rats qui s'asphyxiaient. "Nous avons été surpris par les hauts niveaux d'activité du cerveau", relève George Mashour, professeur d'anesthésiologie et de neurochirurgie à l'Université du Michigan, l'un des coauteurs de l'étude.
Des points d'ombre à éclaircir
Selon l'équipe scientifique, cette expérience laisserait penser que le cerveau est capable d'une activité électrique bien organisée aux premiers stades de la mort clinique. "En fait, en état de mort imminente, de nombreuses signatures électriques cérébrales de l'état de conscience excèdent celles enregistrées à l'état de veille, George Mashour. "Cette expérience montre qu'une réduction d'oxygène, ou d'oxygène et de glucose lors d'un arrêt cardiaque peut stimuler l'activité cérébrale", conclut le Dr Borjigin.
Mais à la suite de cette étude, plusieurs chercheurs se sont montrés sceptiques quant à cette interprétation. Certains évoquent le fait que les rats n'ont pas de conscience et que l'intensification de leur activité cérébrale est une simple réaction physiologique quand d'autres mettent en cause une conclusion fondée sur des rongeurs. Enfin, cette étude ne parvient pas à expliquer certaines impressions souvent évoquées après une EMI : le sentiment de flotter au-dessus de son corps ainsi si que les retrouvailles avec des proches décédés. Le mystère n'est donc pas entièrement élucidé.

Mort imminente

mercredi 21 août 2013, 10:01
Il arrive parfois que des personnes ayant réchappé à un arrêt cardiaque se souviennent de cet épisode où leur vie a failli s'arrêter comme d'un moment extraordinaire. Ils ont fait ce que l'on appelle une expérience de mort imminente (EMI). Ils seraient entre 10 % et 20 %, selon les enquêtes, à connaître ce type d'événement au cours d'un infarctus. Certaines personnes atteintes de pathologies comme le diabète à l'occasion d'un coma hypoglycémique, la maladie de Parkinson ou d'Alzheimer rapportent aussi des sensations qui s'apparentent à une EMI.
Les récits diffèrent mais on retrouve toujours les mêmes scénarios. Certains ont eu l'impression très forte qu'ils étaient morts, d'autres ont le souvenir d'avoir traversé un tunnel entièrement noir ou d'avoir aperçu une immense lumière. Quelques-uns rapportent avoir revu des proches déjà morts et alors que d'autres ont eu le sentiment d'avoir quitté leur corps et d'avoir pu l'observer comme s'ils l'avaient déjà quitté. Tous se souviennent d'avoir ressenti les choses de manière beaucoup plus vive et éclatante que dans la vie de tous les jours avec un sentiment de sérénité et de paix totales. Certains croyants y voient la preuve de l'immortalité de l'âme, les sceptiques en doutent mais n'ont pas d'explication.
Depuis quelques années, les témoignages d'expériences de mort imminente s'accumulent et les scientifiques ne peuvent plus les ignorer. Les recherches pour essayer de comprendre le phénomène lui-même à l'intérieur du cerveau ne font que commencer. Pour y parvenir, il faudra bien un jour installer des électrodes sur le cerveau de plusieurs mourants. On n'en est pas là.
En attendant, une expérience de laboratoire conduite sur des rats apporte un nouvel éclairage sur cette question. Elle montre en effet que durant les quelques secondes qui suivent l'arrêt cardiaque (la mort clinique), le cerveau connaît une activité, plus intense par certains aspects qu'à l'état de veille. Du coup, les auteurs de l'étude publiée cette semaine dans les PNAS se demandent si cette activité cérébrale post mortem pourrait être à l'origine des expériences de mort imminente.
Entre le moment où le cœur s'arrête et cesse d'apporter de l'oxygène au cerveau et le moment où le cerveau arrête de fonctionner (la mort cérébrale), il se passe approximativement une trentaine de secondes. Sans surprise, durant cette très courte période, l'équipe pilotée par Jimo Borjigin, de l'université du Michigan, a enregistré sur les encéphalogrammes de neuf rats en train de mourir un ralentissement de l'activité électrique du cerveau.
Mais en même temps, ils ont observé une augmentation des fréquences cérébrales bien particulières: les oscillations gamma associées à un haut degré de conscience qui ont été mesurées par exemple chez des nonnes en prière ou des moines bouddhistes en méditation. Les oscillations gamma sont aussi présentes dans des moments marqués par une acuité et une sensibilité visuelle accrues. Ils s'appuient sur cette coïncidence pour faire le parallèle avec les expériences de mort imminente
«L'étude est extrêmement intéressante et la méthode rigoureuse, indique Steven Laureys, de l'université de Liège, spécialiste reconnu du coma qui s'intéresse de près à l'EMI. Elle montre bien que l'activité cérébrale enregistrée juste après la mort n'est pas chaotique et qu'il y a une parfaite connectivité entre les différentes parties du cerveau.» Il admet volontiers qu'il est difficile de traduire ces observations animales chez l'humain, mais relève que les scientifiques reconnaissent désormais que, contrairement à ce que pensait Descartes, les animaux ont comme l'homme une forme de conscience.


Les expériences de mort imminente (EMI) en cours ne sont plus boudées par la recherche. Deux exemples.
L'équipe pilotée par Steven Laureys, de l'université de Liège, est en train de collecter le maximum de témoignages de personnes ayant connu une EMI. "Deux doctorants se consacrent entièrement à cette tâche. Les lecteurs du Figaro sont invités à entrer en contact directement avec eux par courriel", déclare Steven Laureys, à l'adresse coma@ulg.ac.be
Une équipe conduite par Sam Parnia, un des grands spécialistes de l'EMI, a lancé en 2008 un programme visant à analyser les témoignages de patients afin de savoir s'ils ont eu une perception extracorporelle en rapport avec la réalité au cours de leur expérience de mort imminente. Vingt hôpitaux sont associés à ce programme baptisé "Awareness during rescucitation" (état de conscience pendant la réanimation). Les premiers résultats devraient être publiés au cours de l'automne.



Le cerveau humain commandé à distance

Cliquez pour agrandir l'image jeudi 29 août 2013, 15:52
Les ondes cérébrales d'un chercheur ont permis de faire bouger le bras de son collègue.
En mars dernier la nouvelle avait fait grand bruit: une équipe américano-brésilienne dirigée par Miguel Nicolelis avait réussi à faire communiquer deux rats, distants de plusieurs milliers de kilomètres, uniquement par la pensée. Des chercheurs de Seattle ont reproduit l'expérience, mais avec deux êtres humains cette fois-ci!
La vidéo mise en ligne par l'université de Washington il y a quelques jours montre deux volontaires, chacun assis dans une pièce, à quelques centaines de mètres l'un de l'autre. Le premier, Rajesh Rao, porte une sorte de bonnet recouvert d'électrodes, qui permettent d'enregistrer les ondes émises par son cerveau, l'électroencéphalogramme (EEG). Le second, Andrea Stocco porte, lui, un bonnet de bain violet qui maintient en place une antenne émettrice d'ondes électromagnétiques. Les deux sujets sont en fait collègues et coresponsables de l'étude en cours.
Rajesh Rao, dont l'activité cérébrale est enregistrée en continu, est face à un jeu vidéo simple, dans lequel il faut viser une cible et déclencher un tir de canon en appuyant sur la barre d'espace du clavier. Quand la cible apparaît sur l'écran, le chercheur doit se concentrer et imaginer le geste qu'il l'exécuterait avec la main. Les ondes produites par son cerveau pour coder cette action sont alors détectées par un ordinateur.
Pendant ce temps-là, à l'autre bout du campus, Andrea Stocco est assis, sa main droite au-dessus d'un clavier. Dans son dos un écran où le même jeu vidéo est en train de se dérouler. Andrea ne voit pas ce qui se passe et des boules Quiès l'empêchent d'entendre ce qui se passe dans la pièce. Aucun moyen de tricher!
Les cris des collègues présents dans la salle marquent le succès de l'expérience: Andrea a appuyé de manière non-volontaire sur la barre d'espace de son clavier, atteignant la cible visée par Rajesh.
"Excitant et inquiétant"
"C'était à la fois excitant et inquiétant de voir une action que j'avais imaginée traduite en un geste bien réel, mais par un autre cerveau que le mien", a déclaré Rajesh Rao après l'expérience. Andrea Stocco a décrit lui l'action involontaire de sa main comparable à la sensation d'"un tic nerveux".
Cette performance, qui montre pour la première fois deux cerveaux humains interconnectés en temps réel, n'est qu'un premier pas dans le projet mené par les chercheurs américains: "La prochaine étape sera d'avoir une véritable conversation entre les deux encéphales, que la communication ne soit plus unidirectionnelle mais bi-directionnelle", a expliqué Rajesh Rao.
S'il salue le travail réalisé par les chercheurs américains, François Cabestaing n'est guère impressionné par la performance. Professeur à l'université Lille-I et spécialiste des interfaces cerveau-machine, il rappelle que les techniques utilisées par l'équipe de Rao et Stocco sont connues et utilisées depuis longtemps. "L'électroencéphalogramme permet de détecter l'activité cérébrale correspondant à l'action imaginée par Rao, détaille-t-il. Le signal est ensuite transmis par Internet à un autre ordinateur. Celui-ci pilote l'antenne de stimulation magnétique trans-crânienne qui va stimuler le cortex moteur de Scotto et lui faire bouger la main." C'est cependant la première fois que les deux techniques sont utilisées conjointement pour connecter deux cerveaux humains.
Le Pr Cabestaing admet que la démonstration a le mérite d'attirer l'attention sur un domaine de la recherche qu'il estime en perte de dynamisme. Beaucoup de progrès ont été faits concernant les interfaces cerveau-machine, principalement dans les applications de l'aide aux personnes handicapées. Mais il reste de nombreux défis à relever.
"Cette expérience est intéressante, mais encore faudrait-il savoir sur quoi elle pourrait déboucher concrètement", ajoute François Cabestaing. Les chercheurs américains, qui ont en tout cas réussi un joli coup de communication, restent assez évasifs sur l'apport concret de cette démonstration. Ils tiennent cependant à rassurer ceux que leurs travaux pourraient effrayer: "Il n'y a absolument aucune possibilité d'utiliser notre système sur une personne qui ne serait pas consentante!"

La science enquête sur le sens des rêves

Cliquez pour agrandir l'image dimanche 26 janvier 2014, 10:48
"Que disent vos rêves?": cette question, le psychanalyste Carl Gustav Jung avait coutume de la poser à ses patients. Il raconte comment cette interrogation les laissait souvent perplexes. Il ne s'agissait même pas de se lancer dans une interprétation formelle, mais déjà de s'en souvenir, chose qui leur paraissait d'un intérêt tout à fait relatif, pour ne pas dire trivial.
Jung, marchant dans les pas du père de la psychanalyse, Sigmund Freud, accordait pourtant un grand intérêt aux songes, qu'il voyait comme des portes ouvertes sur l'inconscient. Une sorte de langage codé de l'âme. Cet intérêt pour les rêves ne se limite pas à l'âge d'or de la psychanalyse du début du XXe siècle. Il est universel et il a traversé l'histoire. Déjà, des papyrus égyptiens datant de 2000 ans avant J.-C. abritaient des traités d'interprétation des rêves. A ­Babylone, dans la Grèce et la Rome antique, mais aussi au Moyen Age, en Orient ou en Occident, l'interprétation des rêves tenait une place importante. "Il y a en chacun de nous, même chez ceux qui paraissent tout à fait réglés, une espèce de désirs terribles, sauvages, sans lois, et cela est mis en évidence par les songes", explique Platon dans La ­République. On voyait alors des présages, des signes des dieux, des symboles prémonitoires d'actions futures dans ces histoires construites en dormant, telles des hallucinations. Dans l'Antiquité, il était coutumier qu'une personne ayant fait un rêve funeste pendant la nuit s'abstienne de toute activité les jours suivants. Difficile, aujourd'hui, d'aller expliquer ça à l'assurance-maladie, à son ­patron ou à ses clients!
Les attentes face aux rêves n'ont guère changé. Le secret espoir de pouvoir les ­interpréter pour saisir ce qu'ils cachent anime toujours une bonne partie de l'humanité. Les scientifiques ont entrepris d'en démonter les mécanismes, partant du principe que le meilleur moyen de savoir pourquoi une voiture avance est d'en étudier le moteur. "Pour comprendre le rêve, il faut se ­représenter tout le travail nécessaire à sa réalisation, explique le biologiste Jacques Ninio, auteur d'Au cœur de la mémoire (Ed. Odile ­Jacob). Quels sont les outils disponibles pour construire l'image et y introduire le mouvement? Où le rêve puise-t-il sa matière première, et dans quel état en dispose-t-il? Quelles sont ensuite les contraintes techniques dans l'élaboration du scénario, la conception des dialogues, l'accompagnement sonore?"
Le système des émotions est très actif
A la suite de la découverte du sommeil ­paradoxal par le chercheur français ­Michel Jouvet, des avancées considérables dans la connaissance du fonctionnement du cerveau ont apporté, ces dernières ­années, des réponses au caractère intrigant de nos rêves. L'hippocampe, qui joue un rôle primordial dans la conservation des souvenirs, et le système limbique, qui gère les émotions, telles la peur ou la joie, sont très actifs ­durant les rêves. L'un expliquerait pourquoi des scènes ou des personnages vus ­récemment s'immiscent dans les rêves. L'autre pourquoi ces rêves sont souvent chargés en sensations fortes.
L'absence d'activité du cortex préfrontal, siège de la pensée consciente, justifie le ­caractère souvent illogique des scènes de rêve. Quant au foisonnement d'images oniriques déroutantes, il peut s'expliquer par le classement des informations dans le cerveau. Ce dernier ne prend pas une "photo" d'un objet, mais mémorise dans différents endroits sa forme, sa couleur, sa taille et sa texture, ainsi que les objets qui lui correspondent. "Si l'une des fiches est inaccessible dans un rêve, un objet étrange sera créé, comme un chien au pelage doré ou une chaise en porcelaine", explique Jacques Ninio. L'objet peut aussi remplacer un mot quand le cerveau, en plein sommeil paradoxal, trouve difficilement les clefs du langage.
Le peintre surréaliste Magritte a fait preuve d'une belle intuition avec La ­Trahison des images , ce tableau représentant une pipe sous laquelle il écrit "Ceci n'est pas une pipe". Dans les rêves, il faut souvent chercher ce que symbolise l'image de l'objet, au-delà de l'objet lui-même. Le neurobiologiste Michel Jouvet raconte ainsi un rêve, juste après la mort de son frère, dans lequel il voit une main aux doigts coupés dans un lavabo. Il en parle à sa mère. Elle lui rappelle alors qu'à deux ans, commençant à peine à parler, Michel Jouvet appelait son grand frère "Main". Les ouvrages des psychanalystes regorgent de ce genre d'anecdotes, que certains scientifiques ­expliquent aujourd'hui par cette hypothèse de représentation en l'absence d'une clé de langage. Un pianiste qui vient s'ajouter à une scène pleine de tumulte peut être interprété comme une volonté de ralentir (jouer du piano, pour aller lentement). Cela fait dire à l'ethnopsychiatre Tobie ­Nathan qu'"il n'existe pas de rêves typiques", et qu'"un rêve est équivalent à la personne dans sa singularité". Autrement dit, seul Michel Jouvet pouvait évoquer son frère par l'image de cette main aux doigts coupés. Quant à l'aborigène qui ne connaît pas le sens du mot piano, il y a peu de chances qu'il fasse apparaître un pianiste dans une scène trop tumultueuse à son goût.
Une déconstruction de la vie diurne
Cette idée que, a priori, le rêve reste singulier n'empêche pas les chercheurs et les médecins de tenter de découvrir des ­règles, des catégories, des principes dans l'univers onirique. Les statistiques sont utiles. Il en ressort qu'une grosse majorité des rêves sont plutôt insignifiants et s'avèrent être des déconstructions juste un peu ­cocasses de la vie diurne. Des travaux réalisés surtout aux Etats-Unis et au Canada, à partir de banques de rêves, ont toutefois donné des résultats troublants. Des ­recherches par mots-clefs sur des témoignages en nombre significatif permettent de débusquer dans les rêves d'un ­individu ses centres d'intérêt, ce ou ceux qu'il aime ou qu'il rejette, ses préférences ou ses ­dégoûts… Dites-moi ce dont vous rêvez, je vous dirai qui vous ête!
Les résultats d'une recherche ont fait sensation au printemps dernier. Une équipe de neurobiologistes japonais a déchiffré des rêves grâce à une imagerie par résonance magnétique fonctionnelle (IRMf) en enregistrant l'activité du cerveau. Trois personnes ont été systématiquement ­réveillées dès qu'elles étaient depuis quelques minutes dans une phase de sommeil paradoxal. Les scientifiques leur demandaient alors de raconter leur rêve avant de recommencer l'expérience. Deux cents ­réveils plus tard, ils disposaient de trois ­cobayes épuisés, mais d'une banque de données compilant une correspondance entre une activité cérébrale précise et des images ­répertoriées par thèmes comme la nourriture, les femmes, une voiture, nager, etc. Munis de ce dictionnaire de correspondances, ils ont deviné ensuite avec une précision de l'ordre de 75 à 80%, en utilisant à nouveau l'IRM, à quoi rêvaient leurs cobayes… avant même de le leur demander!
Quand Jules César tua sa mère
La machine à décrypter les rêves, souvent annoncée, n'est pas loin. Pour Tobie ­Nathan, elle existera dans une cinquantaine d'années et placera enfin les songes au cœur d'une construction analysable, en se libérant du récit du seul rêveur, souvent imprécis et hésitant.
Mais ces avancées dans le domaine des neurosciences n'ont guère permis aux psychiatres et psychanalystes de progresser sur l'analyse des rêves, chère à Freud et à Jung, comme outil thérapeutique. "Même si les rêves partagent des traits communs, le contenu d'un rêve reste unique et son sens relève d'un champ auquel les méthodes et les outils des neurosciences ne permettent pas d'accéder", regrette Elizabeth Hennevin, professeur de neurosciences à Nanterre. "L'interprétation reste une question compliquée, ajoute Tobie Nathan. Un rêve ne peut pas se démonter avec exactitude. Il ne permet pas de dire que telle chose signifie toujours telle autre. On trouve rarement des significations ­directes. Le problème provient du fait qu'il existe autant d'éléments possibles dans les rêves que d'idées dans le monde."
L'anecdote d'un rêve de Jules César, ­relaté par la thérapeute Christiane Riedel, fondatrice de l'académie pour l'interprétation des rêves, est amusante à ce titre. A 31 ans, Jules César n'est encore que magistrat en Espagne. Il rêve alors qu'il viole sa mère. Troublé, il va interroger un prêtre qui donne sa vision: César violera Rome, sa mère-patrie, en lui imposant sa volonté malgré les résistances de la cité. Suétone va même plus loin en affirmant que les prêtres "déclarent que ce rêve lui annonce l'empire du monde, cette mère, qu'il a vue soumise à lui, n'étant autre que la Terre, notre mère commune". César prendra rapidement le chemin de Rome pour la destinée qu'on lui connaît. S'il avait consulté un psy, peut-être aurait-il conclu à une tout autre interprétation et plutôt débouché sur vingt ans d'analyse!
Les cauchemars qui posent tant de problèmes à Freud (si le rêve est une réalisation de désir, même refoulé, pourquoi existe-t-il des rêves de sensations pénibles?) ont aussi beaucoup été étudiés par les médecins et les scientifiques. Ils ont découvert que certains cauchemars ne se construisaient pas pendant les phases de sommeil paradoxal, mais dans celles de sommeil lent profond. Ces rêves sont empreints d'une charge émotionnelle très forte pouvant aller jusqu'à la terreur nocturne, avec un retour à la réalité difficile, notamment pour les enfants. Pour les cauchemars du sommeil paradoxal, des liens de cause à effet ont aussi été identifiés. Une personne stressée ou névrosée va scénariser régulièrement dans ses rêves des ­situations de mal-être angoissantes. C'est encore plus vrai pour une ­personne ayant subi un traumatisme psychologique profond, comme un bombardement, une agression, une mise en danger de mort ou perçue comme telle. Dès qu'elle s'endort, le cauchemar revient, comme si le cerveau ­répétait inlassablement le traumatisme, parfois représenté de manière allégorique, pour le déconstruire. On conçoit dès lors que l'individu ait tendance à fuir le sommeil.
Une source de créativité et d'invention
Des psychiatres américains, pendant la Deuxième Guerre mondiale, distribuaient des barbituriques à des soldats traumatisés jusqu'à ce que leur cauchemar débouche sur un "rêve de bonne fin". Forcé de ­dormir, le pilote d'un bombardier s'étant écrasé en entraînant la mort de tous ses ­camarades a fini par rêver qu'il posait son avion sur un lac et qu'il retrouvait ses camarades autour d'un verre au mess de la base.
Ce qui interpelle aujourd'hui, dans les nouvelles hypothèses des neuroscientifiques qui voient dans le rêve un outil de ­régulation des émotions, ou une sorte ­d'anti-virus chargé de remettre à niveau les fondements psychologiques d'un individu, c'est qu'elles rejoignent l'idée ancestrale, et la vision de Jung, que le rêve joue un rôle important dans nos vies. Il a une fonction susceptible de déboucher sur des actions positives pour peu qu'on en tienne compte. "C'est très significatif chez les artistes et les chercheurs, confirme Christiane Riedel. On pourrait presque dire que les musiciens et les peintres sont inspirés par leurs rêves, qui sont source de leur créativité et de leur invention."
"Un rêve est un signal, parfois très parasité, mais un signal utile, conclut Tobie Nathan. Faire le travail nécessaire pour s'en souvenir et le déchiffrer, c'est prendre le temps d'ouvrir une lettre et de la lire. Même si tout ce qui est écrit n'est pas clair tout de suite. L'interprétation du rêve est en cela culturelle. Elle s'affine avec le temps."
Finalement, s'intéresser aux songes ­serait très pragmatique. Un moyen de s'ancrer dans le réel, et non de le fuir. L'inverse de ce que l'on pourrait penser au premier abord. Les rêves n'ont pas fini de nous surprendre.



 




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